La France : Vends autoroutes, bon état, excellent rapport qualité/prix, rentables...

Publié le par Valentin

Personnellement, je suis contre cette privatisation.

Petit rappel historique : en 1955 est promulguée la loi portant statut des autoroutes : voie sans croisement à niveau, sans accès des riverains et accessible seulement aux véhicules à moteur de caractéristiques suffisantes. Leurs pentes sont modérées : pas plus de quatre pour cent en général. Mais la mesure la plus importante est la  mise en place de péage, temporairement et exceptionnellement, car l'Etat n'a pas les moyens de développer à lui seul le réseau autoroutier.

Toujours sur la base de la loi de 1955, l'Etat concéde la construction et l'exploitation des autoroutes à des sociétés dans lesquelles les intérêts publics étaient majoritaires. C'est ainsi qu'entre 1956 et 1964, cinq sociétés d'économie mixte ont été créées pour la construction et l'exploitation des autoroutes. Dans la pratique, le régime de la concession, conçu dans la loi de 1955 comme une formule exceptionnelle,, est très vite devenu le mode de financement de droit commun du programme autoroutier français. En effet, les disponibilités budgétaires de l'Etat se trouvaient fortement contraintes et, en tout état de cause, hors de proportion avec la masse des sommes nécessaires à la construction et à l’entretien du réseau routier et autoroutier. Le recours au système de la concession et la couverture des dépenses d’équipement et d’exploitation par la perception de droits de péage se sont donc imposés comme le moyen d’assurer, avec une relative facilité, le financement des infrastructures, sans peser sur le budget de l’Etat.

En 1970, l'Etat décide d'attribuer des concessions à des sociétés à capitaux privés, constituées par des entrepreneurs de travaux publics et des banques. Ont été ainsi créées, entre 1970 et 1973, quatre nouvelles sociétés à capitaux privés. Sauf qu'en 1981, l'Etat décide de restructurer le réseau autoroutier en renationalisant certains exploitants... En clair, l'Etat renfloue les déficits de ces sociétés.

Je ne rentrerai pas dans le détail des réformes suivantes, et notamment de celle de 1994 et de 2001, mais une chose est sûre : le système de financement des autoroutes mis en place en France avec la loi du 18 avril 1955 a permis d'assurer quasiment sans apport budgétaire la construction de l'un des meilleurs réseaux autoroutiers du monde. La France s’est en effet dotée d’un réseau autoroutier dont la grande qualité de service en terme de fiabilité, de confort de conduite et de sécurité est reconnue et suscite, comme le montrent les enquêtes d’opinion, un taux de satisfaction élevé.

Ce n'est donc pas l'Etat qui a payé les autoroutes mais leurs usagers, à chacun de leur passage au péage. En faisant un raccourci rapide, l'Etat vend un bien qui ne lui appartient pas : pourquoi pas si une majorité de français était favorable. Or, ce sont prés plus de 70 % de français qui sont opposés à cette décision.

De plus, les autoroutes sont une composante essentiel de la politique d'aménagement du territoire depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Comment peut-on imaginer que l'Etat privatise un de ses leviers d'action en la matière.

Je trouve aussi un peu facile qu'aujourd'hui les autoroutes soient privatisées alors qu'elles fonctionnent à merveille. Quand tout allait mal pour elles dans les années 70, qu'a fait l'Etat ? Il les a renationalisées en 1981, après les avoir semi privatisées dans les années 70... Quand tout va bien, c'est au secteur privé de gérer. Quand tout va mal, c'est à l'Etat... Un peu trop facile.

Et quand j'entends les partisans de la privatisation dire que les futurs exploitants autoroutiers ne vont quasi rien gagner d'ici 2032, je rigole. Il parte du principe que les sociétés privés achèteront les autoroutes pour environ 11 milliards d'euros en 2005. En 2032, ces mêmes autoroutes leur auront rapportées 40 milliards d'euros, somme qui équivaut par une simple et magique opération d'actualisation de l'argent à 11 milliars d'euros année 2005. Je pense trés sincèrement que si autant de candidats ont déposé de dossiers pour le rachat des autoroutes, c'est qu'ils éspèrent gagner de l'argent bien avant 2032... Leur calcul ne doivent pas être les mêmes que ceux de Hervé MARITON, Député de mon cher département de la Drôme, auteur du calcul simpliste évoqué ci-dessus.

Pourquoi donc changer un système qui marche bien ? Si la seule et unique raison est une rentrée d'argent importante pour le budget 2006 de la France, je pense que nos hommes politiques manquent d'imagination, de vision et d'audace. C'est effectivement vendre les bijoux de famille, chers à François BAYROU, que je ne porte pourtant pas dans mon coeur.

Pour plus d'informations, un dossier sue le business des autoroutes, sur le site du Journal du Management : http://management.journaldunet.com/dossiers/050690autoroutes/

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chauffeur 25/08/2005 13:58

Bravo ! Tout à fait d'accord !